18 octobre 2021

LES BIOSOURCES PASSENT A LA VITESSE SUPERIEURE

Développer l’usage des produits biosourcés et géosourcés dans la construction constitue un axe de travail majeur pour le secteur du bâtiment. Les enjeux sont multiples : utiliser des ressources renouvelables, réduire les émissions de CO2, améliorer les performances énergétiques. Mais les filières de production sont-elles prêtes à assurer une demande que la RE2020 va amplifier ? 
Marion Chirat, co-fondatrice de KARIBATI, spécialiste des matériaux biosourcés, fait le point. 

 

Quel bilan peut-on faire aujourd’hui sur l’usage des biosourcés dans la construction ?

L’usage a indiscutablement progressé, notamment sur le marché de l’isolation où les biosourcés, comme la fibre de bois, la ouate de cellulose, le chanvre, la paille de riz,… représentent aujourd’hui 10% du marché et, selon l’AICB* , les capacités de production pourraient doubler d’ici 2025. Une annonce tout à fait crédible quand on sait que l’on  valorise moins de 3 % de la biomasse disponible chaque année.
En ce qui concerne la construction bois, la part de marché a quadruplé en 10 ans malgré un ralentissement des mises sur le marché liées notamment à la crise sanitaire. Les parts de marchés augmentent sur certains segments comme les bâtiments publics, les logements collectifs ou encore les bâtiments tertiaires. L’évolution future dépendra de la capacité de la filière bois à se moderniser pour répondre à une demande croissante et pour diminuer le recours à l’importation. 
En tout état de cause, la filière des matériaux biosourcés continue sa structuration, les fabricants font preuve d’innovation, avec notamment de plus en plus de solutions pré-fabriquées. Avec la montée de la demande, le coût du biosourcé tend à rejoindre celui des produits classiques.

*Association des Industriels de la Construction Biosourcée (AICB)

 

Quels sont les leviers pour soutenir la montée en charge des biosourcés ?

D’abord, la formation et la sensibilisation sont un point clé, il faut encore faire la pédagogie de l’intérêt et de la performance de ces matériaux, notamment dans le cadre de la RE2020. 
Ensuite le label produit bio-sourcé, que nous avons mis en place, contribue à donner de la visibilité et de la transparence aux utilisateurs. Son succès témoigne d’une vraie dynamique, nous avons déjà labélisés 50 produits. 
Nous développons également un configurateur, aKacia, pour permettre aux fabricants de faciliter la réalisation des fiches de déclaration environnementale et sanitaire  (FDES) de leurs produits biosourcés. Le coût et la complexité de mise en œuvre d’une FDES est un frein à l’innovation pour beaucoup d’entreprises – qui sont la plupart du temps des TPE ou PME -  alors que les FDES sont nécessaires pour s’inscrire dans la RE2020 ou encore pour l’obtention du label « bâtiment biosourcé ». En plus, grâce à cet outil les fabricants peuvent améliorer leurs process et leurs produits dans une logique d’éco-conception renforcée.
L’évolution de la réglementation et la commande publique sont également des leviers pour booster les bio-sourcés. Des régions ou métropoles peuvent aussi proposer des aides à la rénovation ou à la construction pouvant être majorées si des produits biosourcés sont utilisés. C’est une incitation très positive, pour l’image des ces produits et le soutien de leur développement.

 

Vous accompagnez les fabricants, mais aussi les opérateurs de la construction ? Comment anticipent-ils la future RE2020 ?

Il y a une prise de conscience des bénéfices de la construction durable, en termes de coût carbone, de coût matière, de déchets,… Bordeaux s’est par exemple dotée d’un label « bâtiment frugal », qui comprend des critères en termes d’énergie, de carbone, mais aussi d’origine des matériaux de production, en les limitant à un rayon de 200 km.
Bien que de nombreux opérateurs publics et des grands groupes de promotion immobilière aient travaillé sur des bâtiments exemplaires, le chemin vers la construction durable ne fait que débuter ; il suppose une remise en cause profonde des modes de faire habituels. 
Nous travaillons, par exemple, avec des aménageurs, le plus possible en amont du projet pour identifier les possibilités, les besoins en matériaux biosourcés, l’équilibre global à l’échelle du quartier. Ces approches sont très intéressantes, car elles permettent notamment d’identifier des gisements de biomasse en proximité et d’inciter à la structuration de filières locales de production de biosourcés. 

 

Quelles sont vos priorités de travail dans les prochaines années ?

Nous orientons nos réflexions sur des méthodes qui permettent d’intégrer d’autres critères dans l’évaluation des produits bio-sourcés, comme par exemple l’impact socio-économique, et notamment la création d’emplois. L’intérêt des filières biosourcées est qu’elles génèrent des emplois sur les sites de production mais aussi en aval au travers des produits et en amont via les entreprises agricoles, de recyclage ou de sylviculture qui fournissent les matières premières issues de la biomasse végétale ou animale. La notion de « local » est aussi un sujet de travail, et nous souhaiterions pouvoir qualifier le score local des produits biosourcés, là encore dans la perspective de promouvoir une utilisation avec des distances de transports limités..
Nous explorons également la thématique de la biodiversité, car que serait une filière biosourcée qui impacte la biodiversité ? C’est une question importante.
Enfin nous réfléchissons avec les fabricants à des pistes pour améliorer la fin de vie des produits et imaginer des à présent des pistes de recyclage et de réutilisation afin que les biosourcés soient vertueux sur l’ensemble de leur cycle de vie.

 


 

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Karibati est une entreprise innovante experte des matériaux biosourcés pour le bâtiment. Elle accompagne toute organisation, privée ou publique, qui souhaite innover, se développer, ou mieux construire, grâce aux matériaux biosourcés pour le bâtiment.

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Les matériaux biosourcés

Les matériaux biosourcés sont, par définition, des matériaux issus de la biomasse d’origine végétale ou animale. Ils couvrent aujourd’hui une large gamme de produits et trouvent de multiples applications dans le domaine du bâtiment et de la construction, en tant qu’isolants (laines de fibres végétales ou animales, de textile recyclé, ouate de cellulose, chènevotte, anas, bottes de paille, etc.), mortiers et bétons (béton de chanvre, de bois, de lin, etc.), panneaux (particules ou fibres végétales, paille compressée, etc.), matériaux composites plastiques (matrices, renforts, charges) ou encore dans la chimie du bâtiment (colles, adjuvants, peintures, etc.).