17 novembre 2020

L’économie de la fonctionnalité s’invite dans le bâtiment !

Après la loi de février 2020 sur l’économie circulaire, l’Etat avec le plan de relance veut encore accélérer le développement d’un modèle de production et de consommation plus vertueux et économe en ressources. Le BTP qui génère chaque année plus de 225 millions de tonnes de déchets dont seule la moitié est valorisée, en est un enjeu fort. Sophie Lambert, fondatrice de Bobi Reemploi partage son point de vue.


Sophie Lambert, fondatrice de Bobi Reemploi

Pourquoi avoir choisi de développer le réemploi dans le bâtiment ? 


Après des études d’ingénieur, j’ai été recrutée par Eiffage construction en tant que conductrice de travaux. C’est là que j’ai pris conscience que la gestion des déchets dans le bâtiment n’était pas une priorité et qu’il y avait beaucoup à faire. J’ai donc décidé de quitter Eiffage pour me lancer dans le réemploi dans le bâtiment. Responsable de près d’un tiers des émissions de CO2 en France, ce secteur est un enjeu important de la transition écologique. Et l’économie circulaire est aujourd’hui l’une des réponses. J’ai choisi cette voie par conviction, c’est ma contribution en tant que jeune génération à la préservation de la planète.  Il faut agir vite si on veut espérer avoir un avenir !


En quoi le réemploi va-t-il contribuer à réduire cette empreinte carbone ?


L’émission de C02 est générée sur toute la chaine de valeur d’un bâtiment, de sa construction à son exploitation avec, la fabrication des matériaux, leur transport de l’usine au chantier, leur mise en œuvre avec des engins qui fonctionnent aux énergies fossiles, leur entretien et enfin la démolition du bâtiment réalisée à l’aide d’engins et le transport des déchets. Le secteur du bâtiment comptabilise également les émissions de CO2 liées au chauffage et au refroidissement des bâtiments lors de leur exploitation. En réemployant des matériaux in situ ou issus du territoire, les émissions de CO2 dues au process de fabrication des matériaux et au transport des matériaux et des déchets, seront évitées.  


Quel lien avec l’économie de la fonctionnalité ?


En fait, la démarche de réemploi dans le bâtiment va plus loin, elle fait partie de l’économie de la fonctionnalité fondée sur la valeur d’usage. Par exemple, dans le tertiaire, les entreprises locataires changent de moquette très régulièrement, tous les 3 ans en moyenne. Avec le réemploi, la moquette qui devait être jetée au départ, va prolonger son cycle de vie et pouvoir appartenir à une autre entreprise. Dans l’économie de la fonctionnalité qui vend un usage plutôt qu’un bien ou un service, on n’est jamais vraiment propriétaire de la matière. La valeur se déplace de la matière à la matière grise, car il faut d’abord réfléchir à la façon de réutiliser ces matériaux. Ensuite on crée des emplois locaux pour déposer les matériaux et les remettre en état. Si le réemploi fait baisser la pollution et la consommation de ressources, il présente également d’autres avantages. Il permet de lutter contre l’obsolescence programmée, puisque le producteur du bien en reste le propriétaire, ce qui le pousse à proposer des solutions durables, réparables, réemployable. Il découple la génération de revenu de la consommation matérielle.


Cycle de vie d’un bâtiment – source : Construction 21

Vous avez créé Bobi-Reemploi il y a à peine un an, où en êtes-vous aujourd’hui ? 


Je me suis lancée en janvier 2019,  d’abord avec le statut de micro entreprise. Puis en mars 2020, lorsque j’ai eu une vision suffisamment claire du marché, j’ai créé une SAS et recruté des collaborateurs. Nous intervenons principalement dans le Rhône mais aussi dans la région avec 2 pôles. Sur le premier pôle, l’ingénierie conseil, nous réalisons des diagnostics déchets et des diagnostics ressources sur les matériaux issus de la démolition. Nous nous positionnons aussi en tant qu’AMO pour identifier les filières de réemploi. Notre pôle opérationnel prend ensuite le relais sur la partie logistique, stockage, transport et passation des matériaux. Nous intervenons sur la démolition mais aussi sur le curage qui consiste à vider l’intérieur d’un bâtiment sans toucher les murs. Nos clients sont principalement des maitres d’ouvrage, publics et privés dans le tertiaire, l’habitat social, le logement, le commerce…


Le plan de relance de l’Etat prévoit un large soutien à l’économie circulaire, qu’en pensez-vous ?


J’ai le sentiment que les dispositifs de soutien vont plutôt aider les gros acteurs à se positionner sur le sujet. Ce sera une opportunité pour eux au détriment des plus petits acteurs. Les appels à projet sont toujours difficiles à toucher pour les TPE PME du réemploi. Ce sont les gros acteurs qui les obtiennent. Et aujourd’hui, il faut savoir que les grosses entreprises n’ont pas les compétences sur le sujet du réemploi. Donc la mise en œuvre risque d’être longue, même si la loi sur l’économie circulaire de février 2020 qui rend obligatoire le diagnostic avant démolition a déjà bien stimulé l’activité. Enfin, il faut que les maitres d’ouvrage soient prêts à payer le prix, sinon ce sera au détriment de la qualité et des bénéfices attendus. Les acheteurs n’intègrent pas dans leurs calculs l’aspect social et environnemental de l’économie circulaire et c’est dommage. 

Quelques exemples : 

Le réemploi concerne aussi des matériaux neufs ou quasi neufs : 180 cuvettes de toilettes déposées sur un chantier de construction neuve suite à une erreur de commande

-        Isolants issus d’une déconstruction à Lyon 6

 

Dalles de moquettes en réemploi issus d’une déconstruction à Lyon 6


 

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