03 novembre 2021

Le PV cultive ses vertus environnementales

L’ADEME a présenté début juillet une feuille de route pour mener la filière photovoltaïque vers l’excellence environnementale. 
Largement documentée et réalisée en concertation avec les principaux acteurs du secteur, cette étude vise également à renforcer la compétitivité de la France et de l’Europe dans cette filière. 
Céline Mehl, pilote de cette démarche à l’ADEME, nous explique la genèse de cette feuille de route et la manière dont elle va se mettre en œuvre.

 

Pourquoi une telle feuille de route, sachant que le PV est sans doute l’une des énergies ayant le moins d’impact environnemental ?

C’est exact. Pour autant il existe des vraies marges d’amélioration et il était temps de fixer un chemin, partagé par tous les acteurs.

Cette étude s’est notamment inscrite dans un contexte où la Commission européenne consultait les acteurs de la filière sur la possibilité de mettre en place des outils règlementaires et volontaires, tels que l’Ecodesign et l’Ecolabel. 
Le premier pourrait s’appliquer de façon obligatoire aux différentes composantes d’un système photovoltaïque d’ici 2023 tandis que le deuxième permettrait, à terme, aux fabricants de valoriser volontairement des performances environnementales supérieures à l’Ecodesign. 
Nous avons donc souhaité, en amont de cette consultation, établir un panorama environnemental du photovoltaïque, faire connaître les pratiques vertueuses de ses acteurs et identifier les axes de progression partagés par la filière pour influer sur la définition des critères de ces outils. S’est notamment posé la question de l’empreinte carbone, qui, jusqu’à récemment, ne constituait pas un critère de ces outils. 

Par ailleurs, si l’on se réfère à la programmation pluriannuelle de l’énergie, le PV en France devrait atteindre une capacité de 44 GW en 2028, alors que nous en sommes aujourd’hui à  seulement 12.6 GW installés. Le renforcement des capacités de production françaises et européennes, bénéficiant de labels environnementaux exigeants, constitue un axe stratégique pour garantir dans la durée un développement vertueux de la filière. Cela suppose de travailler, par exemple, sur l’approvisionnement local des matériaux et la recyclabilité des composants.

Cette feuille de route fixe un cadre pour la gouvernance du développement de la filière, via notamment les labels et la cohérence des politiques européennes. 
Elle invite également les fabricants et les développeurs à s’emparer des opportunités qu’elle ouvre, par exemple, en matière d’éco-conception ou de réduction des impacts sur site. A ces titres, elle fixe les leviers d’une compétitivité accrue pour la filière française et européenne.

 

Vous avez identifié dans votre feuille de route 4 grands axes de travail. Pouvez-vous nous les rappeler et préciser comment vous allez les mettre en œuvre ?

Le travail réalisé éclaire le chemin pour l’ensemble des acteurs. 
Le premier axe qui est d’améliorer la performance technique et environnementale des produits photovoltaïques s’adresse surtout aux fabricants et au monde académique pour intensifier la R&D sur les produits et leurs process de fabrication.
Le second axe concerne plus précisément les pouvoirs publics français et européens pour qu’ils incitent à de meilleures performances environnementales tout en travaillant à l’harmonisation de leurs méthodes d’évaluation. Aujourd’hui, par exemple, l’empreinte carbone d’un module n’est pas calculée de la même manière selon que ce module PV est installé sur une centrale (évaluation carbone simplifiée) ou sur un bâtiment (FDES/PEP).
Le troisième axe de travail, qui sera sans doute le plus long à mettre en place porte sur la réduction de la consommation de matériaux et le développement d’une économie circulaire. Ce chantier est protéiforme car il nécessite de travailler à la fois sur l’éco-conception, la réparabilité et l’émergence de boucles de recyclage.
Enfin, le quatrième axe concerne les impacts sur la biodiversité, notamment des centrales au sol, pour lesquelles il est urgent de centraliser les expériences, de mutualiser les suivis écologiques, partager les bonnes pratiques et d’établir des indicateurs pertinents et généralisables pour tous les sites.

 

Le pilotage de cette feuille de route sera-t-il assuré par l’ADEME ?

Non, pas à proprement parler, car cette feuille de route est une « photo » de ce qu’il est nécessaire de réaliser, en s’appuyant sur un panorama très complet, partagé par les acteurs de la filière. Il appartient désormais à chacune des parties prenantes de se saisir de ce travail et d’engager la mise en œuvre des actions.
Ce sera le cas pour l’ADEME, notamment via les appels à projets que nous finançons, les publications que l’on réalise ou les événements que nous organisons. Valoriser les acteurs innovants, partager leurs expériences, informer la filière des opportunités offertes en matière de R&D ou d’expérimentations sont nos priorités. 
En ce qui concerne le lobbying européen, cette feuille de route porte également des messages clés à relayer, en lien avec le Comité stratégique de la filière PV, à la Commission européenne. 
J’invite d’ailleurs les acteurs intéressés pour œuvrer à l’échelle européenne sur les futurs outils environnementaux à nous contacter sur ce sujet.

 

Pour en savoir plus téléchargez l’étude

 


Contact : celine.mehl@ademe.fr