14 octobre 2021

Un nouveau plan pour un chauffage au bois plus vertueux !

Selon le ministère de la Transition écologique, le chauffage au bois domestique reste le premier émetteur de particules fines en France. Le label Flamme Verte, créé en 2000 a déjà beaucoup œuvré auprès des professionnels et des utilisateurs pour faire réduire les émissions de monoxyde de carbone et de particules fines des appareils. Leur prochain défi : aller encore plus loin en accompagnant le nouveau plan du gouvernement lancé cet été. Le point avec Axel RICHARD, responsable de Flamme Verte.

Que pensez-vous de ce nouveau plan ? Est-il réaliste ? Les objectifs sont-ils atteignables ? 

Flamme Verte a été consulté lors de l’élaboration de ce plan et notre organisation est partie prenante sur les efforts à fournir. Certains territoires sont face à un double enjeu, l’enjeu climatique lié à l’émission de Gaz à effet de serre et l’enjeu sanitaire lié à la qualité de l’air et aux particules fines.  Le chauffage au bois est à la croisée de ces enjeux : d’un côté, le bois a un rôle stratégique à jouer dans la transition écologique en limitant les GES mais d’un autre côté, une mauvaise combustion peut émettre des particules fines et nuire à la santé. L’ambiguïté est que le parc d’appareils de chauffage au bois qui est conséquent en France avec 7 millions de ménages équipés, est intégré aux énergies renouvelables alors que les équipements ne répondent pas tous aux exigences nécessaires à la qualité de l’air. Il faut donc continuer à développer le chauffage au bois pour répondre à l’enjeu climatique, tout en réduisant l’émission de particules fines pour répondre à l’enjeu sanitaire. On a une bonne marge de progression sur le remplacement des appareils mais aussi sur le combustible. Les objectifs sont atteignables et réalistes, mais ils seront aussi fonction des mesures réglementaires qui seront mises en place.  Les Zones PPA, c’est-à-dire les zones concernées par un plan de protection de l'atmosphère ont l’obligation dans le cadre de ce plan de réduire de moitié les émissions liées au chauffage. Les collectivités de ces territoires peuvent mettre en place des arrêtés et des règlementations en local en cas de pics de pollution comme l’arrêt d’utilisation des appareils non performants. Et elles ont des objectifs chiffrés à atteindre. 

Quel est le volet du plan qui vous parait le plus important ?

La partie « aides publiques », c’est la partie incitative du plan. Elle aura un réel impact. Ce plan veut pérenniser les 10 fonds air bois qui existent déjà, des aides locales qui permettent à des collectivités de financer les remplacements des vieux appareils ou des foyers ouverts, en complément des subventions de MaPrimeRénov.  En moyenne de 1000 € par appareil, elles sont financées pour moitié par l’ADEME et pour moitié par la collectivité. Pour les percevoir, il suffit à l’utilisateur d’apporter la preuve du renouvellement de l’appareil. Ce type d’aides fonctionne très bien. La Vallée de l’Arve qui a été pionnière sur le sujet a fait baisser de 18% les émissions de particules fines entre 2013 à 2016 en s’appuyant sur ces aides complétées par d’autres actions.

Et côté combustible, quelles sont les mesures prévues ?

La qualité du combustible est une condition majeure pour réduire l’émission de particules fines. Les industriels auront beau fabriquer des appareils performants si le bois est humide, ça ne sert à rien. Il y aura pollution et mauvaise efficacité de chauffage. Comme 95% des granulés sont certifiés, le sujet de la qualité du combustible se pose essentiellement sur la bûche qui représente 80% du combustible du parc total. La bûche est un gros enjeu. Les émissions de particules fines peuvent être divisées par 30 avec un bon appareil et un combustible adapté. Mais le marché de la bûche est majoritairement informel. De nombreux utilisateurs récoltent du bois pour eux et pour le revendre, une pratique courante dans les milieux ruraux où les bûches sont souvent stockées à l’air libre et à même le sol, ce qui n’aide pas le bois à bien sécher. Il faut sensibiliser les usagers à la qualité du bois qu’ils achètent, les inciter à faire le choix d’un bois bien sec et leur demander de privilégier les professionnels. La règlementation peut aussi faire bouger les lignes. Une réflexion est en cours sur les labels existants qui peuvent se révéler un bon levier.  

Flamme verte œuvre depuis des années pour rendre plus performants les appareils de chauffage bois. Vos actions ont-elles portées leurs fruits ? Quel sera votre rôle dans la mise en œuvre de ce plan ?

Notre bilan est plutôt positif. Sur les 15 dernières années, le rendement énergétique des appareils a progressé de 25% en moyenne. Et les émissions de monoxyde de carbone ont été divisées par 5 à 6 depuis 2010. Le label Flamme Verte y a beaucoup contribué, incitant les fabricants à améliorer leurs produits et les acheteurs à faire des choix responsables et écologiques. Il a servi de palliatif à la règlementation qui était pratiquement inexistante en France. Demain, il va servir de modèle à l’Europe. A partir de janvier 2022, le règlement européen sur l’eco-design va se baser sur un niveau équivalent à celui de Flamme Verte qui s’imposera à tous les pays européens.  
Dans le cadre du plan, il nous est demandé d’aller plus loin …une réflexion est en cours au sein du label. Des annonces devraient faites d’ici la fin de l’année. Elles seront vraisemblablement prêtes d’ici Bepositive en décembre prochain. 

 

 

Objectifs du plan :

  • Remplacer 600 000 appareils non performants d’ici 2025
  • Installer 100 000 poêles à bûches ou granulés performants par an
  • Installer 20 000 inserts dans les foyers ouverts par an
  • - 12 % des émissions annuelles du chauffage au bois par rapport à 2020