06 octobre 2021

LES RESEAUX DE CHALEUR, UN FORT POTENTIEL DE DECARBONATION ET D’INNOVATION !

L’urgence climatique est là et les réseaux de chaleur associés aux nouvelles technologies et aux ENR sont un des leviers de la décarbonation du chauffage. Avec la moitié des consommations d’énergie, la production de chaleur française est encore insuffisamment décarbonée. La France a décidé de multiplier par 5 la quantité de chaleur et de froid renouvelables entre 2012 et 2030. Alors les projets, les actions se multiplient avec en ligne de mire le succès danois ! La prochaine édition de Bepositive sera également l’occasion de booster cette énergie.

Un projet européen pour stimuler la production de chaleur 

 

Le projet RES-DHC (Renewable Energy Sources for District Heating and Cooling) lancé en octobre 2020 et financé par le programme européen Horizon 2020 rassemble un consortium de 15 partenaires. Objectif : augmenter la part d’énergies renouvelables dans les systèmes actuels de chauffage et de refroidissement urbains en Union Européenne en soutenant les acteurs de la filière et les collectivités locales. En France, 2 partenaires, AURA-EE, Auvergne-Rhône-Alpes Energie Environnement et le CEA copilotent ce projet.

Avec 230 réseaux de chaleur, Auvergne-Rhône-Alpes est aujourd’hui la première région de France en nombre de réseaux de chaleur. 65% d’entre eux sont déjà décarbonés mais il s’agit d’aller plus loin, notamment en permettant aux collectivités de connaître toutes les sources d’énergies renouvelables disponibles sur leur territoire, comme le solaire thermique ou encore la chaleur fatale issue de l’activité des entreprises industrielles encore sous exploitée. Notre première mission est de faire connaître ces sources d’énergie et de créer du lien entre les acteurs 

 explique Nicolas Picou, chargé de mission ENR thermiques, AURA-EE.

Des outils d’aide à la décision

Deuxième mission des deux partenaires :  déployer des outils d’aide à la décision pour les collectivités. Le premier outil, l’enrSim, déjà existant, a été créé par le CEA. C’est un outil de calcul simplifié d’installations de production multi-EnR qui alimente un réseau de chaleur. Le deuxième outil développé à partir de Terristory permettra quant à lui de visualiser les sources d’énergie sur l’ensemble du territoire, les besoins de chaleur et les opportunités de production sur la base d’un cadastre solaire. Il intègrera une cartographie des potentiels en capteurs solaires, en géothermie et en chaleur fatale industrielle mais aussi une cartographie des réseaux existants.

Cet outil a pour but de mettre davantage de cohérence et de lien entre les collectivités et les autres acteurs. Nous faisons aussi la promotion du schéma directeur des réseaux de chaleur, un bon outil de prospective encore méconnu qui permet de simuler les besoins de chaleur en fonction de l’aménagement du territoire 

précise Nicolas Picou.

Un accompagnement sur les réseaux de froid

AURA-EE accompagne également les aménageurs, exploitants et collectivités avec une vision prospective sur les réseaux de froid. Nicolas Picou : 

Avec le réchauffement climatique, les ilots de chaleur vont augmenter en zones urbaines. Il faut à tout prix anticiper et sensibiliser les collectivités. L’idée est de développer des réseaux à l’image des réseaux électriques intelligents. C’est une innovation encore trop peu connue qui associe géothermie et solaire. On va pouvoir coupler les réseaux de chaleur avec les réseaux de froid et mutualiser les sources de production et les besoins. Mais il faut avoir une approche très amont dans l’aménagement des quartiers. Ça fait partie des développements de demain.

Dernière mission du projet, le partage et la diffusion des méthodologies : 

On se doit tous de partager nos retours d’expérience avec d’autres régions de France mais aussi au-delà des frontières. Les Danois véritables pionniers des réseaux de chaleur, seront présents à Bepositive pour montrer et transférer leurs expériences leurs savoir-faire. Il va falloir en profiter.  On est tous preneurs de bonnes idées de la part des partenaires européens.

 conclus Nicolas Picou.

Les chiffres clés Auvergne Rhône Alpes

  • 50% : c’est la part de production de chaleur dans les consommations d’énergie 
  • 65% : c'est celle des énergies renouvelables utilisées dans les réseaux de chaleur (contre 53% au niveau national)
  • 3.900 GWh d'énergie produite annuellement, soit 390.000 équivalents logements chauffés
  • 725.000 tonnes/an de CO2 évitée

 Le modèle Danois à découvrir ! 

Pour comprendre pourquoi le Danemark est un pays référent, il faut remonter aux années 1970. Au moment de la crise pétrolière, les Danois ont fait le choix de délaisser le fuel, de ne pas aller vers le nucléaire, de miser sur les ENR et les réseaux de chaleur. Aujourd’hui, les réseaux de chaleur chauffent 64% des Danois.

On a vite compris que les réseaux de chaleur qui existent depuis plus de 100 ans au Danemark étaient une vraie solution de chauffage. On peut y exploiter et y mixer toutes les ressources disponibles… à partir de la biomasse, des déchets, du solaire thermique. Ce sont des réseaux ‘future-proof’. A partir du moment où ils existent, on peut jouer sur toutes les énergies. Si une énergie devient trop chère, on la remplace avec une autre

 précise Karen-Luise Johansen Geslin, Senior Commercial Advisor, de l’Ambassade du Danemark.

L’efficacité à tout prix !  

Aujourd’hui, les réseaux de chaleur Danois sont utilisés de façon très dense. Tout est connecté sur les réseaux : les habitats collectifs, individuels, les industries, le tertiaire… Karen-Luise Johansen Geslin, explique que le système est sain, propre, raisonnable en prix et performant. 

Il faut savoir que les réseaux appartiennent aux utilisateurs. Ce sont les communes qui les gèrent avec un objectif d’équilibre financier, ‘non profit’. Si la collectivité est efficace, la chaleur coutera moins chère aux utilisateurs. Les collectivités sont même en compétition les unes avec les autres. Dans un esprit de transparence, elles affichent leurs tarifs et les danois peuvent choisir leur lieu d’habitation en fonction des tarifs des réseaux de chaleur

 C’est une course à l’efficacité qui a été lancée au Danemark à tous les niveaux : le choix de l’énergie, l’équipement smart des ménages pour suivre leur consommation, le développement de la cogénération, mais aussi l’isolation des tuyaux pour éviter les déperditions de chaleur pendant le transport, parce que le lieu de production peut être très éloigné du lieu de consommation, parfois 40 à 50 km…

On travaille actuellement sur le sujet de la température. Il y a une dizaine d’années encore, nous étions sur des températures de 70 à 80° et désormais, on tend vers le 40°. Seuls les hôpitaux par exemple ont besoin de hautes températures, alors on dissocie certains réseaux en fonction des besoins. Plus les températures baissent, plus l’intégration d’autres sources d’énergie, le thermique, les PAC, l’hydrogène… est possible.

Les Danois, tous ambassadeurs des réseaux de chaleurs !

Enfin au Danemark, tous les acteurs publics ou privés ont une forte volonté d’échanger, de partager, de participer à des projets de tests, de recherche. Il y a beaucoup de liens entre les industriels et les collectivités. Le Danemark sera représenté sur Bepositive en Décembre par une délégation DBDH (District Energy for Green Cities) qui rassemble les différents réseaux, du conseil, de l’ingénierie des fabricants. Tous seront là en tant qu’ambassadeurs des réseaux de chaleur pour partager leurs expertises.

Notre pays est tellement petit et notre taux de CO2 tellement faible que notre action ne correspond pas à nos ambitions en faveur du climat. Alors nous voulons partager nos expériences, pour que d’autres s’en inspirent.

 conclut Karen-Luise Johansen Geslin