20 janvier 2021

Ma Prime Rénov’ : pour le meilleur ?

Accessible à tous depuis le 11 janvier 2021 grâce au plan France Relance de l’Etat, cette prime, créée en 2020 vise deux objectifs : simplifier l’aide financière à la rénovation énergétique et massifier les rénovations. Un an après son lancement, quel bilan ? Les nouveaux critères d’attribution sont-ils en capacité de doper la rénovation énergétique en France ? Regard d’une professionnelle de terrain, Ellie Ambrosino, référente pour les aides financières au sein de l’Espace Info Energie du Rhône.


Ellie Ambrosino, référente pour les aides
financières au sein de l’Espace Info Energie du Rhône

Quels sont, selon vous,  les avantages de Ma Prime Rénov’, qui a donc remplacé les deux anciens dispositifs, le CITE et le programme « Habiter mieux agilité » de l’Anah ?

Tout d’abord, celui de réunir deux dispositifs et donc de simplifier –-un peu - les démarches administratives. Ensuite, de permettre aux ménages d’avoir les financements beaucoup plus rapidement, en tous cas dès la fin des travaux. Ce sont deux freins importants qui ont été levés avec Ma Prime Rénov’. Pour autant, d’autres aides sont mobilisables, comme les Certificats d’Economie d’Energie ou des aides proposées par les collectivités, le montage d’un projet reste donc assez complexe pour les ménages et rend essentiel le passage par les plateformes d’information locales. Des structures comme la nôtre apportent conseil  technique et administratif tout au long d’un projet de rénovation. 


En 2020, l’Anah en charge du financement de Ma Prime Rénov’ a annoncé avoir traité 120 000 dossiers d’aides. Or pour disposer d’un parc immobilier au niveau BBC en 2050, il faudrait réaliser 700 000 rénovations par an. Est- ce réaliste ?

Cet objectif est indiscutablement très ambitieux, surtout si on vise un niveau d’efficacité énergétique aussi haut !  De mon point de vue, Ma Prime Rénov’ présente d’ores et déjà des limites pour aller vers une réelle massification des rénovations énergétiques. Pourquoi ?
D’abord parce que, même s’il y a plus de moyens mobilisés, le montant des aides n’est pas plus important et cela crée chez les porteurs de projets un effet déceptif ; par exemple, le CITE  était plus intéressant financièrement pour les ménages aux revenus supérieurs.
Ensuite parce que si l’objectif affiché est de favoriser les projets de rénovation globale, les modalités de financement ne sont pas adéquates. Un exemple : pour bénéficier de la prime « rénovation globale », il faut justifier un gain énergétique de 55%. Imaginons une maison individuelle qui va passer d’un chauffage au fuel à une pompe à chaleur et isoler ses combles, elle atteindra probablement cet objectif et pour autant, il y a aura encore beaucoup de parois déperditives qui n’auront pas été traitées. Autre point limite, pour certaines catégories de bénéficiaires, le bilan des aides poste par poste est plus intéressant que la prime rénovation globale. Enfin, sur un autre registre, l’ouverture de Ma Prime Rénov’ aux propriétaires bailleurs, ne s’accompagne pas d’engagement sur le cadrage de l’augmentation des loyers, comme c’était le cas avec les aides précédentes, il peut donc y avoir un effet d’aubaine préjudiciable aux locataires.

L'État vient de lancer, pour deux ans, une expérimentation visant à permettre aux artisans non-RGE de faire profiter leurs clients des aides publiques comme MaPrimeRénov. 
Pourquoi ?

Le constat est que le nombre d'entités labellisées Reconnu garant de l'environnement (RGE) a diminué  sévèrement ces derniers temps, notamment en raison de malfaçons mais aussi parce que la démarche de certification est lourde et parfois décourage les artisans. Il devient donc de plus en plus difficile pour les ménages de trouver rapidement des artisans qui puissent réaliser leur projet de rénovation énergétique. 
Avec ce dispositif, un artisan va pouvoir réaliser des chantiers de rénovation énergétique et obtenir une qualification dans un domaine par exemple, l’installation de ventilation mécanique ou l’isolation thermique des murs par l’extérieur, après un contrôle systématique des travaux réalisés.
Cette expérimentation menée pour 2 ans doit permettre de détendre un peu le marché et de mettre le pied à l'étrier de sociétés qui sont proches de demander le RGE mais n'ont pas encore sauté le pas. Si un artisan valide trois rénovations énergétiques en qualification-chantier sur deux ans et que les audits sont satisfaisants, son dossier de candidature au RGE sera quasiment complet.


Comment analysez-vous globalement les moyens mis en place pour stimuler la rénovation énergétique ?

Les dispositifs mis en place par l’Etat, les moyens alloués sont importants et nous verrons à l’usage leur efficience, il est encore beaucoup trop tôt pour en juger. Mais il faut aussi souligner les efforts des collectivités locales, qui animent des plateformes d’accompagnement à la rénovation. Sur le territoire métropolitain, avec Ecorenov, depuis 2015, plus de 16 000 logements ont été rénovés avec des standards élevés de performance énergétique, dont plus de 10 000 en copropriétés, représentant environ 340 M€ de travaux. Une des grandes forces du dispositif Ecorenov est l’accompagnement des porteurs de projets, tant administratif que technique. L’enjeu de la performance énergétique du parc immobilier est tel que la mobilisation à toutes les échelles est indispensable.


 

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