01 juin 2021

En avant l'énergie citoyenne !

D’après un récent sondage Opinion Way pour Enercoop, 42 % des Français se disent prêts à participer ou à investir dans un projet citoyen d’énergie renouvelable. La montée en puissance de l'énergie citoyenne encore méconnue des Français pourrait bien être un formidable levier pour la transition énergétique mais aussi pour la création de valeurs sur les territoires. Le point sur ces initiatives avec Noémie Zambeaux, Chargée de mission animation réseaux, Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement. 

Noémie Zambeaux, Chargée de mission animation réseaux, Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement

En quoi consistent les projets d’énergie citoyenne ? 

C’est simple. Des personnes, souvent bénévoles, prennent l’initiative de monter une société locale pour porter un projet d’énergie renouvelable sur leur territoire et proposent aux citoyens, aux collectivités ou encore à d’autres acteurs économiques comme des entreprises locales d’investir dans le projet en apportant des fonds propres. Ce qui permet de bénéficier des retombées financières du projet tout en participant activement aux décisions liées aux projets. Par exemple, dans le cas d’un projet photovoltaïque, il s’agira de décider du type de panneaux, du lieu d’implantation des équipements, ou encore de choisir les prestataires du projet. Ce sont eux aussi, qui choisissent et gèrent le modèle de valorisation de l’énergie (vente en obligation d’achat, réponse aux appels d’offres CRE, gré à gré, autoconsommation, DSP pour les réseaux de chaleur…). Pour les projets électriques, ils sont en lien avec le gestionnaire de réseau qui gère la distribution sur le territoire. 

C’est un excellent moyen d’avoir un effet de mobilisation sur l’épargne locale au profit du territoire. Et en même temps, cette démarche permet une meilleure acceptabilité des projets car les citoyens en sont les acteurs.

Les Ailes de Taillard, projet éolien participatif

Comment est née l’énergie citoyenne ?

Contrairement à d’autres pays européens plus avancés sur la question, la France s’y est intéressée il y a une vingtaine d’années seulement. La réglementation qui protégeait les investisseurs freinait cette logique de mobilisation de l’épargne citoyenne. Les premières initiatives d’énergie citoyenne sont réellement apparues il y a une dizaine d’années en région Rhône-Alpes, alors que les projets de production d'énergie renouvelable se multipliaient, profitant peu à l'économie locale et parfois mal intégrés au paysage. Energie Partagée s’est structurée en association et fonds d’investissement qui a obtenu un agrément de l’autorité des marchés financiers pour mobiliser l’épargne citoyenne et financer quelques projets pionniers.

En parallèle, grâce à des financements européens et régionaux, Rhônalpénergie-Environnement* et les Parcs naturels régionaux ont imaginé de développer un nouveau modèle de production d'énergie renouvelable basé sur la participation citoyenne et locale, et celle des collectivités. L’ambition : monter des projets tenant compte des enjeux transverses des territoires comme l’intégration dans le paysage, créateurs de valeur pour les acteurs locaux, et portés par une gouvernance partagée et citoyenne. Ce nouveau modèle, baptisé les Centrales Villageoises, association et membre d’Energie Partagée a très rapidement pris de l’ampleur à la maille nationale. Côté agence, nous animons désormais le réseau AURACLE constitué de projets citoyens, qu’ils soient construits dans la logique des Centrales Villageoises (en Auvergne-Rhône-Alpes) ou sur la base d’autres modèles citoyens … 

*Aujourd’hui, Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement

 

Quel est le profil des projets développés ?

Les initiatives portent sur des projets électriques mais aussi des projets ‘chaleur’ dans le champ des énergies renouvelables : le photovoltaïque, l’éolien, la méthanisation, le bois, l’hydraulique ou encore le solaire thermique. Il y a même quelques projets d’autoconsommation collective, par exemple celui de la vallée de Quint, dans le Diois. Ce sont les citoyens qui définissent le niveau de déploiement du projet. Il s’agit de trouver la bonne échelle pour obtenir du volume et un équilibre financier, et en même temps, donner du sens pour le territoire. En général, les projets sont développés à l’échelle d’un bassin de vie, souvent au niveau de l’intercommunalité. 

Si ces projets n’intéressent que peu les industriels car ils sont trop petits et pas assez productifs, ils peuvent y être associés et prendre des parts. On est alors dans du co-développement.  L’objectif est d’en faire de plus en plus avec l’apport des compétences de ces développeurs, pour pouvoir mettre en œuvre des projets de plus grosse puissance. 

Enfin ce ne sont pas des projets figés, ils sont pérennes et poursuivent leur déploiement dans le temps. Ainsi, un projet photovoltaïque peut prendre de l’ampleur avec l’installation progressive de nouveaux panneaux sur de nouveaux sites, de nouveaux bâtiments mais aussi une diversification vers d’autres sources d’énergie comme des chaufferies bois ou de l’hydro-électricité.

Inauguration de la chaufferie-bois de Lucinges, en Haute-Savoie

Comment leur fonctionnement est-il assuré ?

Vous ne pouvez pas imaginer les compétences qui se trouvent sur nos territoires ! Des énergéticiens à la retraite, des entrepreneurs, ou encore des comptables rejoignent spontanément les projets. Ces compétences ne sont pas difficiles à trouver. C’est étonnant et en même temps enthousiasmant ! Ces réseaux – Energie partagée et les Centrales Villageoises - ont aussi mis en place des partenariats sur certains points potentiellement bloquants comme l’assurance ou le financement bancaire.

Ainsi la MAIF par exemple propose une offre spécifique qui prend en compte les exigences des projets, en couvrant bien les risques sans pour autant les sur-couvrir. Le rôle de ces réseaux est d’accompagner, de conseiller ces bénévoles et porteurs de projets sur le montage juridique, technique et administratif du projet, mais aussi de maintenir la dynamique pour que le projet ne s’épuise pas dans le temps.

 

Quelles sont les perspectives ?

L’énergie citoyenne est encore méconnue des Français, mais en région Auvergne-Rhône Alpes, en 10 ans, 65 projets ont été montés avec plus de 6000 citoyens et plus de 90 collectivités actionnaires. Les plus gros projets comptent 400 citoyens. 

La dynamique est en cours ! Deux régions sont motrices, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. Grâce aux soutiens de ces Régions, le bouche à oreilles fonctionne bien d’un territoire à l’autre et permet au mouvement de prendre de l’ampleur. Mais le grand enjeu reste la communication, nous devons organiser la promotion de l’énergie citoyenne en France. D’autres pays européens sont plus avancés et nous devons rattraper notre retard. Enfin, certains collectifs envisagent d’étendre leur action aux travaux d’éco rénovation. Ce qui se fait déjà aux Pays Bas et au Danemark.  Il s’agit de faire du tiers investissement sur l’isolation d’une école, d’une habitation, d’un bâtiment public par exemple. Le collectif avance les fonds et se rembourse sur les économies réalisées. Encore de beaux projets à accompagner !

L'ADEME et l'AURACLE proposent des formations pour des projets citoyens d'énergie renouvelable

 

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