24 mars 2021

Agrivoltaïsme : un monde d’innovations pour l’avenir de l’agriculture

L’agrivoltaïsme qui concilie production énergétique et agricole peut apporter des solutions innovantes à une agriculture qui subit de plein fouet le réchauffement climatique. Cette nouvelle approche soutenue par l’Etat est un formidable potentiel de création de valeur pour tous les acteurs mais aussi une source inspirante pour innover. Le point avec André Joffre, fondateur de TECSOL, un bureau d’études indépendant qui accompagne de plus en plus d’agriculteurs dans cette démarche.

 


André Joffre, fondateur de TECSOL

Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme et comment a-t-il émergé ?

Quand on aborde le réchauffement climatique, on parle davantage de la hausse des températures que de celle de l’ensoleillement. Pourtant, le Sud de la France a gagné en 40 ans 10 à 15 % d’ensoleillement. Ce qui n’est pas neutre du tout… surtout pour l’agriculture. Par exemple, la viticulture est très impactée par ce phénomène. Le raisin est plus sucré, les vins plus capiteux et leur degré d’alcool est passé de 12 ° à 15° dans de nombreuses régions. Au-delà, lors des canicules, il peut y avoir des stress hydriques très dommageables pour la vigne. Soit il faut faire évoluer les cépages, soit il faut protéger le raisin du soleil pour recréer le climat d’il y a 50 ans. L’agrivoltaïsme rend possible cette deuxième solution, en y apportant d’autres bénéfices.  En posant des ombrières PV au-dessus des vignes, non seulement on fait de l’ombre aux fruits, mais en plus la production d’énergie vient compenser les coûts des équipements. …c’est du gagnant gagnant… Le solaire, c’est l’avenir de l’agriculture !

 

Vous parlez de la viticulture mais ça marche aussi pour d’autres cultures ?

Pas pour toutes les cultures, mais pour beaucoup d’entre elles : le maraichage ou encore la production fruitière. Et puis il y a des cultures pour lesquelles le bénéfice est encore plus important. Les asperges par exemple qui seront protégées du froid pendant la nuit, par les ombrières PV. Celles-ci vont se comporter comme un écran infra rouge en absorbant le froid et en maintenant le sol à température ambiante. Les asperges poussent plus rapidement et les récoltes sont plus précoces…jusqu’à un mois plus tôt. Un vrai avantage concurrentiel sur ce marché.

 

Et pour l’élevage ?

Oui, bien sûr, c’est aussi adapté. Par exemple, dans le Gers, nous avons accompagné un éleveur de canards dans la pose d’ombrières PV pour protéger ses volailles de la chaleur. La vente de l’énergie produite leur a permis de rénover et restructurer leurs bâtiments pour les mettre aux normes de sécurité et d’hygiène. Par contre, les centrales solaires au sol entretenues par des brebis n’entrent pas dans l’agrivoltaïsme qui a pour but de préserver les terres agricoles. Mais, la construction de hangars agricoles, oui ! Ils permettent aux agriculteurs de financer des espaces nécessaires de travail ou de stockage à moindre coût. Attention, l’idée n’est pas de créer un effet d’aubaine … mais d’arriver à l’équilibre.

 

Concrètement, comment se passe la vente de l’énergie pour les agriculteurs ?

Jusqu’à présent, EDF avait l’obligation de racheter l’énergie produite par des exploitations agricoles de moins de 100 kW (environ 1000 m²). Désormais, la puissance maximale de l’exploitation passera à 500 kW (5000 m²). Ce qui va intéresser un plus grand nombre d’exploitations. Les démarches seront simplifiées, plus besoin de répondre à des appels d’offre. Les agriculteurs s’adresseront à un guichet unique qui achètera leur production d’énergie à un prix réglementé par l’Etat. Une opportunité qui va permettre à l’agrivoltaïsme de décoller et de contribuer aux objectifs énergétiques fixés par le gouvernement.
La France a prévu de multiplier par trois la puissance solaire installée annuellement et l’agrivoltaïsme devrait être un des principaux bénéficiaires de cette croissance. Du coup, les chambres d’agriculture ont pris la main pour accompagner les agriculteurs dans le développement des projets solaires.

 

Comment les entreprises du PV ont-elles accueilli cette évolution ?

Le dernier appel d’offres du gouvernement pour le « solaire photovoltaïque innovant » a permis à l’agrivoltaïsme d’entrer dans le jeu. Les projets qui ont été retenus sont connectés et « intelligents ». Ils permettront le pilotage des installations à distance pour optimiser la production agricole et la production d’énergie. On est face à deux enjeux importants, l’agriculture, essentielle à notre souveraineté alimentaire et les énergies renouvelables essentielles à la transition énergétique. Et quand les technologies convergent, il y a toujours création de valeur pour toutes les parties. C’est véritablement, un monde d’innovations qui s’ouvre.

 

En savoir plus sur les résultats de l’appel d’offres « solaire photovoltaïque innovant »

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