24 février 2021

Coup d’accélérateur sur l’hydrogène

Tous les signaux sont au vert pour l’hydrogène, ce vecteur énergétique qui entend décarboner économie et modes de vie. Les écosystèmes s’organisent, les technologies s’affutent, les financements sont là. Reste à rendre l’hydrogène vert compétitif. Un objectif atteignable à moyen terme avec à la clé une dynamique de ré-industrialisation.

Passer du gris au vert

L’hydrogène vert a de nombreux atouts et s’impose comme un levier majeur pour décarboner la mobilité, le stockage des énergies renouvelables intermittentes, ou encore les process industriels. 
S’il n’émet pas de CO2 lors de son utilisation, l’hydrogène est fabriqué par vapo-reformage de méthane, un gaz qui favorise l’effet de serre et participe au réchauffement climatique. 96% de l’hydrogène utilisé en France, dit « gris » utilise cette technique. L’hydrogène vert, quant à lui est produit par électrolyse en utilisant une électricité d’origine renouvelable. 
Même si les technologies ne cessent de  s’améliorer, l’hydrogène vert reste encore cher à produire, son coût au kg s’établit à environ 5 €, là où l’hydrogène gris est à 1,5 € /kg. Une situation comparable à celle du photovoltaïque il y a 10 ou 15 ans, qui était peu compétitif et a gagné la bataille, grâce à un soutien public fort.

Un horizon qui se rapproche

Le signal donné par le plan France Relance qui octroie à la filière une enveloppe de 7,2 milliards d’ici 2030 permet d’envisager une baisse de 50%  des coûts de production, de stockage et de distribution à un horizon de moins d’une décennie. Un objectif partagé par l’Hydrogen Council, qui considère qu’au cours des cinq prochaines années, ce gaz pourrait devenir compétitif dans les transports, en particulier pour les trains, camions, autocars, taxis et navires, ainsi que pour le chauffage. D’ici 2030, des applications sont envisageables pour le transport léger et le chauffage industriel.

Auvergne Rhône Alpes en pôle position

Auvergne Rhône Alpes concentre près de 80 % de l’écosystème français de l’hydrogène avec des organismes de recherche de pointe, des pôles de compétitivité, des grands groupes industriels et des start up (CEA Liten, Tennerdis, Air Liquide, Total, GRT Gaz, Sylfen, Ataway, HRS, Symbio, McPhy,…..).
Après avoir testé des premiers démonstrateurs, cet écosystème d’acteurs s’est mobilisé sur le projet Zéro Emission Valley. Un projet centré sur la mobilité hydrogène qui fait le pari d’un premier passage à l’échelle avec, d’ici 2023, la mise en service de 20 stations d’avitaillement et 1200 véhicules en circulation. 
Unique en Europe, il représente 70 millions d’€ d’investissements et réunit 55 entreprises, 26 laboratoires de recherche et 8 collectivités partenaires.
Deux stations test sont déjà ouvertes et cinq programmées à court terme à Lyon, Grenoble, Moutiers, Clermond Ferrand et Saint Exupéry. Pour déployer, tous les leviers ont été activés. Une joint venture,  Hympulsion, réunissant partenaires publics (la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Banque des Territoires) et privés (Michelin, Engie Crédit Agricole) a pour mission de construire et exploiter les infrastructures, mais aussi de fédérer la filière et d’inciter au développement des usages dans l’environnement territorial des stations. Avec une cible prioritaire : les véhicules utilitaires et les entreprises captives localement : compagnies de taxis, artisans,…qui ont des flottes qui roulent beaucoup. Du côté des véhicules, Peugeot et Renault développent une gamme d’utilitaires à l’hydrogène, qui doivent sortir prochainement et permettre de répondre aux quelques 480 précommandes recensées par Hympulsion. 
Cette ambition territoriale que porte le projet Zéro Emission Valley essaime : les stations de skis réfléchissent à s’équiper de navettes à l’hydrogène, de dameuses à l’hydrogène, les métropoles envisagent de doper l’usage de l’hydrogène pour améliorer la qualité de l’air,…. Ces opportunités boostent la filière et favorisent l’émergence de solutions industrielles, comme la création prochaine d’une usine  de production de piles à combustibles par Symbio dans la Vallée de la Chimie, à Saint Fons, avec la création de 1000 emplois à la clé. Car c’est aussi des potentiels de ré-industralisation massifs que promet l’hydrogène. Une partie des emplois verts de l’industrie de demain s’invente dans cette filière.

La filière se structure

L’investissement massif de l’Etat va permettre d’accélérer le financement de la R&D dans les technologies de production, de stockage et de transport, de développer des démonstrateurs, ou encore d’inciter financièrement à l’intensification des usages. Auvergne Rhône Alpes compte exploiter ces opportunités pour renforcer sa position dans le champ de la mobilité hydrogène, mais aussi développer les applications dans les domaines industriel et du bâtiment.
Pour ce faire, le territoire d’Auvergne Rhône Alpes va pouvoir compter sur la toute nouvelle délégation régionale de France Hydrogène, dirigée par Elisabeth Logeais, déléguée générale du pôle de compétitivité Tenerrdis dédié aux énergies renouvelables et à la transition énergétique. Elle aura la charge d’animer la filière et de  créer des ponts entre les différents acteurs de terrain, pour accélérer le déploiement de projets hydrogène dans la région, avec l’appui de quatre délégués ajoints : Rémi Berger, de CARA, Georges Seimandi, de GRT Gaz, Emile Lacroix de Transdev et Gilles Cachot de McPhy. Pas de doute, l’hydrogène vert est sur la bonne voie !
 

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